On appelle ça le tiède, le milieu. Le rien, finalement.

J'ai des accès d'écriture comme j'ai des accès de fièvre. Chaque fois quand il m'est impossible, physiquement, d'écrire. Alors les phrases se dessinent dans ma tête, les unes après les autres, construites, tantôt violentes, et tantôt douces. Je me sens l'âme d'un Voltaire ou d'un Camus et je me représente déjà la postérité m'étudiant dans les classes, tant ce que je conçois est beau. Je me dis : je réécrirai tout ça une fois chez moi. Et puis j'arrive et l'envie n'est plus là, je ne comprends plus ce qui pouvait me transporter tellement, je suis toute vide devant des lettres qui n'ont plus aucun sens.
Je soupçonne quand même une surestimation de mes capacités.
Peut-on avoir des accès de génie toujours au mauvais endroit ? Ce serait vraiment la faute à pas de chance, hein ...
Alors je tapote sans conviction, je bouillonne de rage, j'ai envie d'avoir envie de pleurer, mais je suis tellement vide par moment que je n'y arrive pas.
Je ne souhaite rien.
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# Posté le jeudi 19 novembre 2009 15:53

Doukipudonktan ?

J'ai des raideurs dans tout le corps et un ganglion dans le cou. C'est fun. Le métro aussi, c'est fun, j'aime toujours autant cette foule de connards, vraiment.
Quand je marche dans la rue, y'a des personnages de romans qui n'existent pas encore qui parlent entre eux, puis je me retrouve devant une feuille, un clavier : et là, plus rien.
Je suis maladivement stressée, mon bouton de fièvre vous le confirmera.
Mes parents m'ont appris qu'ils avaient appris - en ouvrant mon courrier - que j'avais reçu une bourse au mérite. J'ai été contente à peu près trois minutes, le temps que je me rende compte que non seulement ils avaient ouvert mon courrier, mais qu'en plus, ils voulaient tout me prendre. Travaillez bien à l'école les enfants, c'est Papa et Maman qui vont être contents.
Je travaille toujours avec les collégiens, et les maths me les brisent sérieusement. Je vais au code et ça me fait chier. J'ai un exposé dans une semaine sur quatre livres auf deutsch bitte que je n'ai même pas. Enfin pas tout. A part ça, tout baigne.
Le grand-père de mon amoureux a un cancer des poumons. Joyeuses séries de larmes, nocturnes mais pas que, en perspective.
Hier, c'était l'anniversaire de mon frangin. Il court droit à la trentaine, ce con là. Enfin, je préfère qu'il ait trente ans plutôt qu'il soit mort. Et ouais, je vois toujours tout en noir, mais j'ai envie de leur gueuler qu'on n'arrête pas de se labourer les veines la joie au coeur. Ca parait fou, hein ? Mais c'est comme ça. Quand je suis bourrée, j'ai envie de conclure des pactes : mon âme contre une bouteille. Cette putain de sensation toute ma vie, chaque seconde. Etre ivre. Délicieusement ivre. Désespérément ivre. Parce que ça finit dans les larmes. Mais j'aime ça, je m'en fous. Ca m'aide à me dire que j'ai pas tout à fait oublier ce que signifiait vouloir crever dès le réveil de la conscience.
Et puis je m'en fous de tout ça. Je suis juste beaucoup trop fatiguée. On ne devrait pas avoir cours le samedi, c'est moi qui vous le dis. Alors si c'est moi qui vous le dis, hein ...
L'orgueil des hommes est à prendre en pitié, je crois.

# Posté le lundi 16 novembre 2009 11:06

La mort est quelquefois tout un art de vivre.

Elle hurle si fort qu'on ne l'entend plus, elle a anesthésié l'atmosphère et personne ne reconnaît plus rien, un peu comme dans une foule inhumaine, joli pléonasme, un peu comme dans le métro.
X la regarde, X est son amie, X se dit : " merde, il faudrait l'aider ", elle se le dit comme ça, parce qu'il faut bien se dire des choses parfois, alors elle pense ça, elle pense : " merde, il faudrait l'aider ". Mais la pensée n'a qu'un temps, alors elle doit se le répéter plusieurs fois, sinon il faudrait agir et elle est bien trop fatiguée pour s'angoisser, manquerait plus que ça, après une aussi longue journée.
Tout de même, le cri commence à se faire entendre, et les gens lancent des regards furtifs, s'éloignent doucement, un peu comme sur le quai ou les gens rebroussaient chemin au compte-gouttes, à cause de cette femme qui urinait devant les sièges, après avoir donné un coup de pied à une dame, qui ne l'a même pas remarqué d'ailleurs, parce qu'elle discutait et qu'elle avait vu la dame au pipi de loin, alors son cerveau lui avait sûrement commandé de faire abstraction. Et elle faisait drôlement bien semblant.
Et ici c'est la même chose, un peu. La foule inhumaine n'ose pas se regarder, n'ose pas la regarder, personne n'ose rien faire, en fait, alors ils s'éloignent un peu, elle crie tellement fort, vous comprenez, ça veut peut-être dire qu'elle a besoin d'aide, et faudrait pas nous emmerder avec ça, pas maintenant, surtout pas maintenant, il est trop tard et j'ai des soucis.
X. la prend un peu par la main, mais comme l'autre s'est calmée, c'est plus vraiment utile, alors c'est justement là qu'elle intervient avec quelque chose comme " ça va mieux ? "
Elle n'a pas de réponse, bien sûr, l'autre s'imagine que le sang coule dans sa tête, il y a de la neige partout sur les vitres, c'est terrible, les gens passent, une vraie déferlante, et elle attend que ça s'arrête, faute de capter des signes positifs, il faut la comprendre, elle veut juste que ça cesse, mais les gens n'arrêtent pas, les gens ne cessent pas, les gens ne sourient pas, il n'y a pas le moindre signe, pas le moindre geste, pas la moindre humanité, mais c'est normal, on est un peu comme dans le métro. Alors puisqu'on est un peu comme dans le métro, et qu'il arrive, elle décide d'agir et de les faire s'arrêter tous d'un coup. Alors elle saute du quai.

" putain, accident de personnes, z'ont rien de mieux à foutre que s'foutre en l'air " disent les gens sérieux et pressés.
X. pense : " ça me fait une bonne raison d'être traumatisée ". Et elle court prendre rendez-vous chez le psy. Dans le RER, elle sort son carnet et se met à écrire avec délectation.

# Posté le dimanche 18 octobre 2009 16:02

Modifié le lundi 26 octobre 2009 11:18

" Elle rit pour cacher sa terreur d'elle-même "

Le stress. Le putain de stress. Si je me lève demain avec un bouton de fièvre, je me fais amputer de la tête, c'est décidé.
Est-ce que mes horaires seront compatibles avec mon taf ? Est-ce que je suis la plus nulle de ma classe ? Est-ce que je vais réussir à suivre ? Est-ce que je vais me ridiculiser en passant devant tous ces gens pour faire des exposés ? Suis-je susceptible de traîner avec des gens intéressants ? Est-ce que, de toute façon, quelqu'un sera assez généreux et chelou pour trainer avec moi ? Pourquoi suis-je si nulle ? Et pourquoi suis-je incapable de m'estimer ?
J'ai comme un problème de ce côté là.
Je voudrais croire que je me sous-estime simplement par habitude. Pas parce que je suis trop juste et trop clairvoyante. C'est dur. Parce que malgré tout, j'ai l'impression d'être lucide.

Et toujours la peur d'être jugée. Le taf. Est-ce que je suis trop gentille avec les élèves ? Oui. Ma responsable doit regretter de m'avoir engagée, c'est sur.
Je ferai mieux la prochaine fois.
J'ai peur, je vais me faire virer. Elle me trouve nulle. Elle me trouve nulle à chier. Je ne sais pas m'y prendre. Je suis incapable d'être méchante, sévère. De m'énerver. Je suis nulle.
Faut s'imposer davantage.
Pourquoi je me trouve tout le temps lamentable ?
Parce que je le suis.
Pourvu qu'elles ne me trouvent pas nuls.

Je sais que j'aide les élèves, certains, bien. Mais l'apparence ? Je suis NULLE !

Pourquoi la petite voix dans ma tête ne veut-elle tout simplement pas FERMER SA GUEULE ???

Je suis nulle, je suis nulle. Je voudrais faire bien mais je suis trop maladroite, pas assez sure de moi.

Que veux-tu répondre à : " ça sert à quoi la poésie, moi j'dis ça sert à rien "?
Bande de cons. Sans la littérature, sans les mots ...
Mais bon, je ne réponds pas vraiment. Je leur ferai trop peur et ça prendrait trop de temps. J'ai trop d'élèves à aider.
"mais voyons, la littérature est le refuge des dépressifs. Tu verras mon gars, quand on viendra de te briser le coeur, tu kifferas retrouver tes douleurs dans les textes d'autrui " =)

Le premier cour à la fac a l'air chantmé. Je vais sûrement faire mon mémoire là-dessus. On va bien goleri.

J'ai si peur, si peur.
Tout le temps peur.
J'ai peur de ne pas assurer, peur de mal faire. Peur de ne pas avoir le temps. J'ai peur, si peur, mon Dieu, je voudrais simplement DORMIR.

J'ai envie de pleurer. Je me sens si faible.

Je vais leur montrer.

Il suffit peut-être d'y croire un peu.

J'EN AI MARRE !!!!!!!!!

F. m'a écrit : " tu me fais revivre, merci d'être là".
Comme quoi j'ai encore quelque utilité. Ça fait chaud au c½ur.
C'est con que son mec soit un connard qui annonce avoir trouvé quelqu'un d'autre par sms, parce que je l'aimais bien, on devait faire de la musique avec un de ses potes.
Bon weekend. Petit repas concocté par mon mec, beaucoup trop d'alcool et de cigarettes, foot, film. On était bien, tous les trois. Parce qu'elle était aussi, F. Et c'est fou comme elle est forte. Parce qu'elle s'amusait vraiment avec nous.
Le genre de personnes que tu aides, et ça marche.
Comme quoi, ne pas réfléchir trop fait avancer.
Elle ne se prend pas la tête. Elle ne lit pas, n'écrit pas. N'écoute pas les paroles de chansons.
Elle aime la danse, la musique. Et faire des bouquets, dans son magasin de fleurs.
Et pour peu qu'on soit là pour elle, elle se remet.
C'est dingue, cette force. Elle a la Vie en elle, tout simplement, sans réellement le savoir. (mais nan, elle n'est pas enceinte ^^).

Dimanche gris à la terrasse d'un café. Le coeur alcoolisé, le teint enfumé. Froid.

Je vais réussir à vivre en accord avec mon temps.
Je vais y arriver.

# Posté le mardi 13 octobre 2009 17:00

Tu ris, tu pleures, tu vis puis tu meurs.

Pourquoi. Pourquoi ? Pourquoi ce besoin de ne pas aller bien ? Pourquoi ça me rattrape ?
Je ne peux plus regarder le sang couler de mes poignets ouverts, je n'ai plus le droit de fermer les yeux et d'appuyer fort sur la lame. Je ne peux pas faire ça. Même cachées sous ma manche, les blessures seront visibles. Pour lui. Il les verra. Je ne peux pas lui faire ça.
Alors mon esprit doit chercher un moyen de me torturer. Je ne mange plus beaucoup. J'ai perdu 3 kilos. Je kiffe. Je suis super contente, je ne mange pas, je suis contente.
Pourquoi faut-il que ça me rattrape ?
Je crois que j'en ai trop bavé pour être heureuse si simplement.
Je vais y arriver.
L'autodestruction me manque, je crois.
Je vais y arriver.
Je ne sais juste pas vraiment de quoi je parle.
J'étais une enfant. J'étais pas prête à tout ça. Je ne le savais pas. J'étais juste une enfant. Je me croyais forte, endurcie par la souffrance. Ce n'était que le début.
J'étais une enfant et je suis tombée amoureuse.
C'est facile de se tourner vers la Mort.
Je pensais que j'étais forte.
J'ai toujours cette impression d'avoir été forte.
Il se peut qu'on se trompe.




*
Tu ris, tu pleures, tu vis puis tu meurs.

# Posté le lundi 12 octobre 2009 06:58